Michel Leiris
Journal 1922-1989 Genre de texte Contexte Le journal de Michel Leiris compte plus d’une centaine de récits de rêves. Nous n’avons retenu ici qu’un échantillon susceptible d’attirer l’attention sur cette importante production onirique et d’en susciter une étude approfondie. Notes Texte témoin
Journal
Entrée de 1971.
Ce rêve a été utilisé dans Frêle bruit, p. 290 (Note de Jean Jamin).
Journal 1922-1989. Édition établie, présentée et annotée par Jean Jamin. Paris, Gallimard, 1992, p. 651-52.
Une grosse cheville
8 juillet
Rêve: une sorte de grosse cheville (parallélépipède biseauté à l’un de ses bouts), en un métal — ou autre matière? — tirant sur le noir et que je sais extraordinairement dense. En position ascendante de la gauche vers la droite, et le biseau tourné la face en haut, elle est placée — inclinée à 45 degrés — dans un milieu solide, dont je ne puis absolument rien dire, sinon qu’il était moins compact et de couleur moins foncée que le corps étranger, qui l’habitait, car la question de la nature de ce milieu (simplement ni liquide ni gazeux) ne se posait pas quand cet objet m’est apparu. En raison de sa densité insolite, cette cheville était significative — chargée, receleuse, ou je ne sais trop quoi qui pourrait être mis à la place du qualificatif trop faible «symbolique» — disons peut-être «synonyme» — de beauté. Aucun événement racontable. Rien d’autre que l’image obsédante de la cheville ainsi valorisée et jouant le rôle d’une espèce de noyau de pensées confuses et divergentes...