Nicolas Pasquier

Lettres

France   1615

Genre de texte
correspondance

Contexte
Cet extrait est tiré d'une lettre écrite à son frère par Nicolas Pasquier, conseiller et maître des requêtes ordinaire de l'Hôtel du roi(1562-1631).

Commentaires
Selon Jean-Luc Gautier, ce rêve est représentatif de l'attitude que l'on avait à l'égard du rêve à cette époque: «rêver c'est la possibilité innée pour chacun de se frotter au surnaturel, aux secrets de l'univers, à l'origine des choses, d'entrapercevoir de quoi l'avenir est fait.» Et une telle attitude s'étend même aux élites.

Texte tmoin
Lettre citée par Jean-Luc Gautier, «Rêver en France au XVIIe siècle», Revue des sciences humaines, tome 82, no 211, juillet-septembre 1988, p. 10.

dition originale
Lettres, Paris, 1623, p. 352-56.




Rêve prémonitoire

La mort de mon père

J'ai reçu vos lettres ce troisième de septembre 1615 de la mort de notre père, survenue le 30 d'août, environ les deux heures après minuit. Je vous conterai une histoire mémorable sur ce sujet. L'an passé le 30 du même mois d'août, et de la même nuit, environ les cinq heures du matin, je songeai que j'étais auprès de notre père, qui était couché dans son lit, duquel il se leva pour se mettre à genoux afin de prier Dieu: ce qu'il fit dévotement, les mains jointes en haut, et les yeux élevés au Ciel: sa prière achevée, il changea de couleur, et tomba mort entre mes bras. En achevant ce songe, je me réveillai tremblotant, et le contai à ma femme, et pour en avoir la mémoire fraîche, étant levé, je le rédigeai par écrit. Ce n'est pas tout. Je partis de Paris, comme vous savez, le 9 du mois d'août, et arrivai chez moi le 16, je fus douze ou treize jours à aller deçà et delà pour voir à mes affaires. Enfin m'étant rendu en ma maison je rentrai dans mon étude le 30 du même mois d'août pour mettre mes papiers en ordre, qui étaient confus: les uns je rompis, les autres je mis à part. Ce songe me tomba entre les mains, que je gardai. Considérez les deux rencontres en l'objet qui se présente, l'une, que j'ai vu la mort de notre père un an jour pour jour, auparavant son décès, l'autre que le propre jour qu'il est mort j'ai recouvré ce papier, auquel je n'avais pas pensé depuis.

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